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Philosophie d'éveil et de liberté, savoir et sagesse

 

Bouddha avait raison (en format pdf)

 

Perpétuation d'atomes et de gènes.

Tout flue, s'écoule comme Héraclite1 l'avait bien pensé il y a 2500 ans. Vers la même époque aussi, le Bouddhisme promulguait l'impermanence comme vérité première2. Le Bouddha félicite son élève qui lui répond que la durée d'une vie n'est que celle d'une inspiration et d'une expiration. Le temps d'un tour du cycle de Krebs en quelque sorte pour un biochimiste d'aujourd'hui (chaîne des réactions de la respiration cellulaire pour capter l'énergie par oxydation du glucose). Les atomes qui transitent en nous et nous matérialisent à chaque seconde sont cependant aussi vieux que l'univers. Par ailleurs, les dinosaures sont toujours présents d'une certaine manière, notamment en nous-mêmes: on sait en effet que de nombreux gènes sont communs ou très similaires entre espèces et se perpétuent au travers des temps géologiques dans les cinq règnes vivants. Voilà une confirmation et une précision scientifiques de l'éternel cycle de réincarnations ou de transmigrations (samsâra).

La mort revêt dès lors une toute autre signification que celle très limitée et toute occidentale, de la fin de notre individualité. Elle ne devient plus alors, à l'orientale, qu'un incident anodin dans le cycle de l'évolution et perd son caractère tragique, comme le relève André Van Lysebeth (J'apprends le Yoga, Ed. "J'ai lu").

De même, comme dans la conception hindoue, l'humain n'est plus à part des autres êtres animés et s'ils peuvent se distinguer par leur formes, l'agencement et le développement de leur facultés psychiques, "...il ne peut être question que de différences quantitatives et qualitatives déterminant le degré occupé dans la série des êtres, la loi fondamentale présidant à l'organisation de ceux-ci demeurant universellement la même."(citation de Alexandra David-Neel dans "Le Bouddhisme du Bouddha", Ed. Du Rocher, 1977). Darwin a transmis la même idée dans la théorie de l'évolution.

"Quelle fantasmogorie que cette danse des atomes! Ils se rejoignent, vibrent, se groupent, se combinent; il en résulte une femme, une fleur, un merle ou une sauterelle." (R.K. Duncan in "The New Knowledge", cité par A. David-Neel).

Energie, matière et information.

L'énergie nécessaire pour entretenir ces flux constants et perpétués de matière et d'information nous vient du soleil (Râ) et du noyau terrestre. La double dissipation de l'influx solaire et géothermique est en effet ce qui anime les diverses structures de l'atmosphère, de l'hydrosphère, de la lithosphère et de la biosphère depuis plus de 4,5 milliards d'années sur notre planète.

La vie a d'abord un sens thermodynamique comme système ouvert à l'écart de l'équilibre. Les travaux d'Ilya Prigogine3 sur les structures dissipatives s'y appliquent par excellence. Le flux de matière dans la vie est constamment remis en forme stationnaire par le flux d'énergie, celle-ci informe donc la matière. La vie est ainsi triple flux simultané d'information, d'énergie et de matière, comme une rivière dont le lit est profilé (informé) et l'eau animée sous l'effet de l'énergie potentielle gravitaire(mgh - d'origine à la fois géothermique -gh- et solaire -m, masse d'eau pré-évaporée avant les pluies-). Chaque instant d'individu est un transit d'informations produites par l'énergie sur la matière et renouvelées l'instant suivant mais jamais totalement à l'identique.

Relativité de l'âme ou de l'ego.

Et l'âme ou l'ego? Le bouddhisme affirme qu'il ou elle ne possède qu'une existence relative et soutient l'hypothèse du « non-soi » ou anâtman. Citons à ce propos le Dalaï Lama4: "Lorsque nous parlons de l'esprit, certains ont parfois l'impression qu'il existe une entité indépendante, quelque chose de séparé du corps. Un tel esprit n'existe pas. Nous ne pouvons pas trouver un "je" indépendant en dehors du corps, c'est pourquoi les bouddhistes n'acceptent pas un "je" indépendant ou une âme ou un soi permanent". La sensation d'âme ou le sentiment du soi est la cause de la souffrance humaine, la duhkha. Du point de vue neurobiologique, le dualisme du corps et de l'esprit est également rejeté. L'esprit est considéré comme système de circuits synaptiques. L'esprit est information ou plutôt flux d'information en réseau d'échanges et de réactions neuro-hormonales dont émerge globalement l'impression d'âme.

Pas d'âme hors de la matière fluante du corps et donc ni avant, ni après la vie. La constante reconstruction cérébrale d'un mirage immatériel de l'âme exige une hygiène de contrôle, idéalement un nettoyage par le vide, mais qui paraît, à ce degré-là, seulement à la portée des moines. L'humilité, c'est-à-dire la réduction de l'âme est une condition incontournable pour emprunter le sentier du nirvâna.

Notre personnalité n'a pas d'existence en soi (dans l'absolu), elle est relative c'est-à-dire vide par elle-même. Je cite l'astrophysicien Laurent Nottale: "...nous sommes l'ensemble de toutes nos relations avec les autres et le monde...c'est un fait brut." (In: La Complexité, vertiges et promesses, par R. Benkirane, éditions Le Pommier, 2002). Tout comme le concept de gravitation n'est que vacuité en lui-même, comme Einstein l'a démontré dans sa théorie de la relativité. Et toujours Nottale de conclure: "C'est comme si Einstein avait mis le bouddhisme en équations!". Voilà pourquoi je pense que pour réaliser la soustraction ou réduction totale de son âme il faut être moine, isolé, car les autres et le monde environnant vous en recompose la sensation de manière implicite, automatique et avec démesure parfois pour assurer bonne emprise sur vous.

Vers la sapience et après?

Quelle fantastique aventure, que d'espace d'improvisations et de découvertes, mais aussi quel grand défi que l'éveil pour l'espèce du savoir et de la sagesse (sapience) que nous sommes, l'Homo sapiens! Il n'y a pas de but à l'évolution, mais elle suit l'irréversible sens thermodynamique de la flèche du temps. Ce sens est donc celui de la dissipation de l'énergie sous coût de croissance d'entropie quelque part dans le système (solaire) dont la biosphère terrestre fait partie. Plus précisément c'est le sens d'un accroissement de la puissance de dissipation d'énergie des organismes dont l'espèce humaine est déjà un produit assez performant! Ce sens thermodynamique peut être comparé à la volonté du monde de Schopenhauer5, surnommé parfois le bouddha allemand, qui n'a rien à voir avec l'intention ni avec la conscience humaine. L'absence de but fait référence par ailleurs à l'absence de "dessein intelligent" exogène à l'évolution, nouveau cheval de bataille des créationistes.

Toutefois, à notre existence individuelle se donne le libre sens ou la libre signification que l'on veut, "...nous sommes nés pour créer et innover..", c'est ce que conclut notamment Jacqueline Russ6 au terme d'une synthèse du courant nihiliste dans l'évolution historique de la pensée. Une vie n'aura cependant de sens que par rapport aux autres, à la société.

Pour l'humanité par ailleurs, comme le dit Christian de Duve, dès le big bang l'univers était gros de la vie et plus tard la biosphère de l'homme (A l'écoute du vivant; éditions Odile Jacob, 2002). J'ajouterai qu'elle était tout aussi grosse des dinosaures ou d'Escherichia coli. L'Homo sapiens apparaît ainsi sur un chemin de complexité croissante des produits de la biosphère et dans le cadre du développement naturel de sa puissance dissipative des énergies incidentes, en accord avec la thermodynamique. L'humanité n'est pas seulement une manifestation fortuite, son existence actuelle découle aussi du déroulement de lois fondamentales de la Physique. L'humanité serait peut être ainsi l'un des produits du chaos déterministe qui caractériserait l'évolution de la biosphère, un point parmi d'autres d'un attracteur étrange, avec les dinosaures ou Escherichia coli?

Mais ce n'est pas fini, la flèche de Râ n'est encore qu'à mi-parcours, la durée de vie résiduelle de l'astre solaire est de près de 5 autres milliards d'années à venir. L'évolution est donc loin d'être achevée, notre espèce n'est qu'une étape, un produit provisoire de perpétuation.

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1Penseur grec antique, auteur d'un traité intitulé "De la Nature", 2500 ans BP.

2La pensée antique grecque a sans doute été influencée par les idées bouddhiques, comme l'explique notamment Serge-Christophe Kolm (Le bonheur-liberté, bouddhisme profond et modernité; editions PUF, 1982).

3Chimiste et philosophe, prix Nobel de chimie en 1977, décédé en 2003.

4Un voyage vers le bonheur, Editions Vajra Yogini;1997.

5Arthur Schopenhauer, philosophe allemand, auteur de Le Monde comme volonté et comme représentation (1818).

6Le tragique créateur, qui a peur du nihilisme?; éditions Armand Colin, 1998. Retour texte